test-3

C'était au mois d'août. Le temps était orageux, le thermomètre marquait 27 degrés. Je venais de poster une lettre. Je descendais dans le métro. J'arrivais sur le quai.

- "Prochain train dans 6 minutes"

En août et en journée, il faut savoir attendre.

Je m'assois donc sur un siège plastique à peine propre. Deux sièges plus loin, une fille aux cheveux mi-longs est en train de se rafraîchir. Elle a la traditionnelle bouteille d'Evian : 50 cl pour la journée. Ce n'est pas trop lourd et ça permet de tenir la demi-journée.

Je jette un regard à la dérobée car je suis étonné qu'elle porte un bonnet épais en laine de couleur blanche avec des rayures grises. En regardant (discrètement), je m'aperçois qu'elle porte aussi un pull en laine avec les mêmes motifs que son bonnet, épais également. Je réalise qu'elle a mis sur son pull un anorak léger bleu clair.

Apparemment, je me suis fait remarquer; elle s'est rendu compte de mon manège.

Elle m'interpelle et me lance :

- C'est moi que tu regardes ou c'est ma bouteille que tu veux ?

- C'est un tout, lui répondis-je. Je ne comprends pas que vous vous soyez habillée si chaudement alors qu'il doit faire au moins 30 degrés sur ce quai. A ce train-là, vous allez vider votre bouteille en 5 minutes.

- Vous vous trompez, me dit-elle. Cela me fera bien la journée. Et encore, il m'en restera peut-être pour cette nuit ou demain matin !

Elle m'énonçait cela de façon posée, avec un discours très construit. Puisque que nous conversions, j'avais pu regarder son visage. Elle avait de jolis yeux et sa bouche dégageait une très grande sensibilité; surtout lorsqu'elle bougeait ses lèvres en parlant.

- Vous êtes un peu comme le chameau du désert, lui rétorquai-je.

- Vous ne savez rien de moi et vous vous trompez totalement. Tenez, prenez ma bouteille et buvez-en !

Je pris la bouteille d'Evian qu'elle me tendait.

- Je suis désolé mais je n'ai pas soif, lui répondis-je poliment

- Ne buvez pas, me dit-elle. Ouvrez-la simplement. Allez-y !

Surpris et curieux à la fois, j'ôtais le bouchon.

- Voilà, j'ai ouvert le bouchon. Vous voulez boire à présent ?, lui dis-je.

- Mais non, je ne veux pas boire. J'ai assez bu. J'ai trop mal au ventre. Sentez la bouteille !

De plus en plus intrigué, je mis mon nez sur la bouteille. Je perçus une odeur forte et piquante que je ne pouvais pas définir, sauf que je réalisais que ce n'était pas de l'eau.

- Hé oui, poursuit-elle. C'est de la vodka. Il est parti lundi, en emmenant toutes ses affaires. Lorsque je suis rentrée de week-end; il ne restait plus rien. Et cette bouteille est la seule chose qu'il m'a laissée de lui. Je bois pour ne pas l'oublier !