C’est une histoire qui date de quelques années. J’y ai repensé cet après-midi en évoquant le fait qu’après avoir été 2 ans sans télévision, j’avais été définitivement converti à la radio.

Et mes endormissements se font le plus souvent en écoutant la radio.

Cette histoire a paradoxalement pris naissance avec de la vidéo. J’étais, entre autres, chargé de faire des courts films pour mon entreprise : 5 minutes environ. Films dans lesquels je faisais passer quelques messages à destination du réseau commercial. Je prenais, je le reconnais un certain plaisir à être mis en image même si mon apparition nedurait que quelques dizaines de secondes. Une envie de se mettre en scène, d’être connu par cette « performance ».

J’aimais bien préparer minutieusement le tournage (scenario, script, validation du montage etc.). Aussi, je travaillais avec une journaliste qui m’aidait dans l’aspect rédactionnel. J’accompagnais toute l’équipe (enfin 2 personnes en plus d’elle : cadreur et preneur de son). Notre collaboration s’étala sur près de 2 ans.

Elle était pigiste et avait donc plusieurs activités que je ne connaissais pas a priori et dont elle ne m’avait pas parlé.

Je me suis totalement  éloigné de ce qui m’amène à vous raconter cette histoire, à savoir la radio ; mais il fallait bien planter le décor.

Elle était brune aux cheveux châtain foncé ourlés, et avait des yeux bleus foncés. Une silhouette ample, pulpeuse et  séductrice. Mais rien d’inapproprié ne se passa. J’essayais toujours, dans le cadre professionnel, de rester à l’écart de la tentation.

Je reviens donc à mon goût pour la radio, y compris au milieu de la nuit lorsque je me réveille. Je passe les différentes stations en revue, spécialement celles où les gens parlent.

Et un soir, un balayage d’ondes m’amène sur France Info et au moment du flash. Quelle n’est pas ma surprise d’entendre sa voix dont je connaissais les intonations par cœur. C’était quand même surprenant de l’entendre passer en revue l’actualité du jour. J’avais en plus l’habitude de l’entendre converser sur des sujets plus « entreprises ».

frinfo

Pour l’intriguer, lorsque nous avons rendez-vous pour un film, je la titille sur sa voix. Je lui dis qu’une voix est aussi, voire plus importante, qu’un visage. Et que c’est ce qui doit participer à un certain talent ; talent que je lui trouve. Elle est surprise, ne sachant pas que je fais allusion à ses activités radiophoniques.

J’enchaîne en lui avouant que je l’ai entendue à la radio une nuit et que ce fut un doux accompagnement nocturne que d’entendre sa voix. Outre les actualités, c’était une merveilleuse musique que de prendre connaissance du temps qu'il fera demain par sa voix chaude.

Je savais  déjà qu’elle me cherchait un peu. Notamment et à plusieurs reprises, elle m’avait proposé de faire route commune en voiture avec elle pour le reportage ; ce que j’avais toujours refusé.

Depuis cette nuit-là, je ne dirai pas que je suis devenu accro à France Info mais, lorsque j’allumais ma radio en pleine nuit, c’était systématiquement pour me mettre sur France info. Hélas pour moi, elle n’assurait  la nuit que certaines journées. De l’envie sans succès de l’entendre naquit la frustration.

Un soir, au cours d’un flash, elle fit allusion indirectement à moi en citant mon prénom et parlant de talents particuliers des hommes qui portent ce prénom  avec des détails qui me concernait. Je devinais qu’elle l’avait fait à dessein.

Le lendemain après-midi, je trouve un prétexte pour lui téléphoner. J’avais pourtant attendu 15h puisqu’elle avait terminé vers 5h du matin, je l’avais réveillée. Je lui ai dit qu’elle savait aussi raconter de belles histoires ; et que toute la France nocturne devait se pâmer en écoutant ses bulletins. Je la sentais sourire au téléphone.

Sans que cela soit prémédité, nous nous retrouvâmes en fin de journée juste à côté de chez elle. Je me souviens de l’endroit : c’était un restaurant de poisson près des Halles dans une petite rue piétonne. En sortant du restaurant, je ne sais pas ce qui m’a pris d’accepter son invitation chez elle. Nous y restâmes peu de temps car elle enchainait sur la nuit suivante et devait être à la rédaction vers 22h.

 Le jeu des flashes à message se poursuivit pendant de longs mois. C’était parfois en rapport avec nous, parfois aussi en rapport avec notre prochaine vidéo. Je lui répondais par messages interposés que je laissais sur son téléphone fixe et qu’elle découvrait au petit matin en rentrant chez elle.

Nous nous perdîmes de vue lorsque notre collaboration cessa.

Je guettais en vain sa voix sur les ondes. Je ne savais plus comment la joindre.

Un jour pourtant (et la boucle est bouclé avec l’aspect vidéo), j’entendis à nouveau sa voix à la télévision. C’était au journal de France 2, un samedi midi, je me souviens très bien. Il s’agissait d’un reportage sur le pape. Son nom apparut à la fin du reportage ; c’était bien elle.

Je devins un furieux téléspectateur du journal de France 2. Jamais je ne l’entendis à nouveau. Je revins donc à ma chère radio.

Alors, de temps en temps, lorsque j’écoute les infos la nuit, je pense à toutes ces journalistes nocturnes que je sais pigistes, jeunes et pleins de fantaisie qui ne demandent qu’à s’exprimer par ailleurs.

Mais je pense aussi à elle qui était souriante, vive, spontanée, saine et assumant ses désirs.