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Je ne prends pas souvent la route avec ma voiture. Par contre, quand c’est le cas, je n’aime pas passer beaucoup de temps dans ma voiture. Lorsque je le peux, je privilégie l’autoroute.

Puisque j’emploie le mot « perturbé », il y a malgré tout quelque chose qui me chagrine et me désole tout au long du parcours. C’est le côté automatique des péages. Déjà que j’avais horreur de mettre ma carte dans une fente pour voir la barrière se lever, j’exècre encore plus le fait de passer le péage sans avoir même à ralentir puisque mon badge télépéage me permettra de le faire.

Lorsqu’on roule des dizaines de kilomètres, j’apprécie de savoir que je peux m’arrêter à un péage manuel, où je pourrais payer avec des billets, présenter ma carte de crédit, discuter quelques secondes avec la personne du guichet.

Si je n’ai pas l’habitude de faire des chroniques autoroutières ou encore moins de la sociologie de la population française, vous allez vous demander où je veux en venir. Ne craignez rien, je ne sortirai pas encore aujourd’hui de mon sujet de prédilection, de ma matière d’observation.

Hé bien oui. Qu’est ce qui peut me motiver à faire encore 20-30-50 kilomètres avant de m’arrêter si ce n’est la surprise que va me réserver la personne qui sera au péage. Etant entendu qu’il s’agit le plus souvent de la gente féminine, c’est la principale motivation qui me fait emprunter la file des péages manuels. Sera-t-elle brune ou blonde ? Maigre, sportive ? Avenante, taciturne ?

Lorsque je vais en Normandie, je suis chanceux. J’ai droit à 4 péages successifs. Le plus souvent, je ne suis pas déçu. Si j’ai droit au réglementaire « bonjour, merci, au revoir » ; je m’arrange pour pimenter la conversation en payant avec de la monnaie. Outre le contact de la main à la main, je peux appuyer le regard, échanger quelques paroles. Je me prends à imaginer la vie de cette guichetière lorsque j’ai passé la barrière : qui est-elle ? Que vit-elle ?

Voilà un bel exemple de déshumanisation. Et je me prends à m’imaginer prendre la tête du mouvement contre l’automatisation des péages.

Messieurs qui me lisez, faites la grève des péages automatiques, placez-vous avec moi dans la file des péages manuels. Et je suis certain que nous obtiendrons rapidement gain de cause