Elle en avait souvent parlé. Elle disait qu’elle n’avait jamais encore découvert ce continent et qu’elle voudrait en connaître l’ambiance.

Elle avait laissé passer l’été et était partie début novembre. Nous l’avions conduit à l’aéroport Charles de Gaulle pour un vol de nuit.

Dès qu’elle fut arrivée, elle nous raconta l’ambiance. Elle avait tout de suite aimé.

« Bangkok était encore plus magique que ce que j’avais pu imaginer », nous dit-elle. Elle avait prévu d’y rester au moins un mois. Elle n’avait pas acheté de billet de retour à date fixe. Après, elle verrait bien.

La dernière fois qu’elle m’appela, elle se trouvait dans le nord du pays, près du Cambodge et du Laos ; l’endroit qu’on appelle je crois le triangle d’or.

Les 4 semaines touchèrent à leur fin, puis les autres semaines s’écoulèrent sans qu’elle donne signe de vie. La vie devait être douce et le temps s’écouler lentement, très lentement.

Un soir, je reçus un appel téléphonique. On avait trouvé son téléphone avec mes coordonnées dedans.

« Hi Mister » me dit-il en anglais. Je lui répondis et entamai le dialogue chacun avec son accent local respectif.

« Oui, je connais bien cette personne, oui c’est ma sœur »

« Voilà », me confia-t-il, « on a retrouvé le téléphone de votre sœur dans un sac », Il y avait aussi une paire de lunettes, un stylo et un bloc-notes de papier »

« Nous avons trouvé également une facture d’un magasin de Chiang Mai pour une montre Rolex».

J’attendais la litanie descriptive du contenu de son sac, me demandant où il voulait en venir. Je pensais qu’il m’appelait pour une affaire de trafic et lui posai la question.

« Non, monsieur ; il ne s’agit pas de cela »

« Voilà : on a retrouvé le corps d’une femme européenne il y a 2 jours près d’une rivière. Elle portait une montre et celle-ci avait le même n° de série que la facture qui se trouvait dans le sac. »

Un rictus sortit de mes lèvres ; mon cerveau fonctionna à la vitesse de la lumière. J’ai tout de suite réalisé.

Elle venait d’avoir 50 ans et je me dis qu’elle n’avait pas raté sa vie