C’était en 2000, exactement au mois de mars. Je m’en souviens précisément car les bourgeons étaient là dans ce parc, sortis des arbres, laissant apparaître des nuances de blanc et de roses aux extrémités des arbres.

Mais je me souviens surtout de cette histoire très étrange, absurde qui m’était arrivée ce mois-ci.

Rencontrée lors d’une réunion chez un partenaire, elle m’avait proposé un rendez-vous. C’était un lieu très joli que je ne connaissais pas.

- Pour te reconnaître, j’aimerais savoir comment tu seras habillé, me demanda-t-elle

- Je ne sais pas, lui répondis-je. Mais sans doute d’un jean et d’un tee-shirt.

- C’est ce que tu portes dans la journée à ton travail, renchérit-elle ?

- Non, je te l’avais évoqué, ajoutais-je, je suis en costume foncé et chemise blanche.

- Tu dois être élégant, j’aimerais que tu viennes au rendez-vous avec cette tenue, me demanda-t-elle.

- Si tu y tiens, c’est d’accord, lui dis-je. C’était la première fois qu’on me demande cela

- J’ai une dernière demande à te faire ; poursuivit-elle. Je n’ai pas eu le temps de faire une course. Pourrais-tu me dépanner et aller m’acheter une boîte d’allumettes et quelques gobelets en plastique ?

- Ok Claude. C’est son prénom

Elle m’avait donné rendez-vous dans le parc de Bagatelle. Je sors du métro et je marche longuement, jusqu’à l’entrée du parc. J’arrive à l’endroit fixé.

Elle se tenait droite devant l’entrée : pantalon et veste noirs, chemisier blanc. Elle avait mis un serre-tête sur ses cheveux longs. Une large monture de lunettes laissait voir ses yeux.

- Avançons dans le parc, me dit-elle, Je connais un endroit tranquille. Tu verras, c’est superbe.

Arrivés près d’un grand arbre, nous nous nous assîmes sur un banc en bois rouge foncé.

Ce que j’avais remarqué en déambulant dans le parc, sans trop y faire attention, devenait comme une épidémie. On pouvait contempler des nains de jardin à profusion. Certains étaient éparpillés sur les pelouses, d’autres avaient été installés également près des fontaines.

- Tu as vu, lui dis-je ; c’est quoi tous ces nains de jardin dans ce parc ?

- Tu n’es pas au courant ? Il y a en ce moment une exposition internationale de nains de jardin.

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Malgré tout, bien que ces petits êtres soient faits de plâtre et d’argile, j’avais la sensation de ne pas être seul. Nous étions assis sur le banc. En face de moi, une quinzaine de nains de jardin étaient éparpillés sur la pelouse, tandis que (je venais de m’en apercevoir) 8 nains étaient accrochés dans l’arbre au-dessus de nous.

- Quelle élégance ! me dit-elle.

- J’ai fait comme tu m’as demandé, j’ai en plus cherché mon plus beau costume pour te plaire.

- Tu as pensé à amener les allumettes et les gobelets ?, me demanda-t-elle

- Mais oui, j’ai tout acheté.

- Parfait s’exclama-t-elle ! 

- Je peux te demander quelque chose ?

- Je t’en prie, tes désirs sont des ordres, dis-je d’un air amusé, tout en me demandant ce qu’elle voulait encore.

- Pourrais-tu te tourner quelques instants ? »

J’effectuai un quart de tour sur ma droite. En face de moi, deux splendides nains de jardin en bois sculpté vernis me faisaient face. Un avait l’air moqueur et l’autre ahuri.

Je n’entendais pas de bruit derrière, moi. Je me demandais ce qu’elle pouvait bien faire.

- Tout va bien lui demandais-je ?

- Oui, attends encore un peu !

- Ca y est. Tu peux te retourner !

J’entamais délicatement ma rotation sur la gauche, me demandant ce qu’elle avait préparé.

Entre elle et moi, au milieu du banc, elle avait posé deux gobelets. Juste à côté, un mini-gâteau de couleur rose pâle trônait au milieu du banc.

- Voilà me dit-elle. Tout est prêt à présent.

Elle sortit une petite bouteille de champagne de son sac.

- Ouvre-la s’il te plait !

- D'accord !

Et splock ! Le bouchon sauta (sans qu’aucun nain ne s’en émoustille). Je remplis aussitôt les 2 gobelets.

Elle fouilla dans sa poche et en sortit deux grosses bougies qu’elle planta sur le gâteau.

- La première bougie, c’est pour ma vie passée. La deuxième, c’est pour le futur !

Je pris la boîte d’allumettes qu'elle avait posée sur le banc et allumai les bougies.

Elle prit sa respiration et souffla. Et voilà pour les bougies !

- Tu es surprenante, Claude ! Jamais je n’avais encore vécu ça !

- Merci d’avoir accepté mon invitation, me dit-elle. Un joli parc, un bel homme dans un beau costume. C’est mon cadeau d’anniversaire !

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