Histoires partielles et partiales

20 septembre 2022

Une place au palace

J’avais tout prévu avec elle.

Le parcours prétendument au hasard qui nous amène à passer devant un des palaces de Paris.

Nous sommes à l’intérieur. Jolie terrasse intérieure, service stylé …

Le temps chaud et ensoleillé, le chant des oiseaux …

Nous nous assîmes et commençâmes à boire.

 

C’est là que tout s’est gâté.

Une puis deux, puis beaucoup d’abeilles qui nous tournent autour.

Et elle qui ne supporte pas leur présence, qui manque de tourner mal.

Et nous voilà obligé de déguerpir et de se réfugier dans un coin obscur du palace.

Et pour compenser, elle est allée déguster des Ferrero !

 

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08 juin 2022

Tulije

C’était il y a bien longtemps ! Enfin, cela fait quelques dizaines d’années, c’est à dire du temps où j’étais jeune.

J’étais curieux, intéressé, fasciné. Un peu des trois sans savoir lequel de ces adjectifs correspondait à la réalité.

Je suis né dans un milieu pauvre, mais pas dénué de culture. Et j’avais toujours été attiré par le la grande bourgeoisie; ceux qui ont le pouvoir, ceux qui décident et ont le loisir de connaître plein de choses.

J’étais en quête de toute occasion de pouvoir m’y insérer.

N’ayant pas de grandes capacités universitaires, je me suis dit qu’il fallait me faire inviter dans des fêtes.

C’est le joli mois de mai et celui des premières fêtes extérieures. Je sus qu’une soirée était organisée par une étudiante lors du week-end de l’Ascension. Ce ne fut pas trop facile de m’y glisser étant donné le grand nombre de jeunes gens invités. Je rentrais en tant que serveur, me changeai et le tour était joué.

J’avais heureusement récupéré le dress code et avait amené la tenue adéquate : pantalon blanc et chemise noire pour les garçons.

Je me lançai dans la fête, un peu intimidé, avec, en permanence, la peur d’être repéré. Parce que je n’aurais pas les manières, parce que personne ne me connaîtrait et surtout parce que je serais tout seul.

J’aperçus la fille qui avait organisé la fête. Elle n’était pas franchement belle. De long cheveux châtain, une silhouette un peu boulotte, une attitude empotée. En revanche, son visage rayonnait et elle attirait le regard de tous ceux qui étaient venus. J’étais séduit.

Du coup, j’oubliais de regarder autour de moi. J’avais envie de m’approcher d’elle, de l’aborder, de lui parler. Mais que pourrais-je lui dire lorsqu’elle me poserait des questions sur moi. Que pourrais-je lui répondre ? Je ne suis pas à l’université, je n’ai pas de relations parmi ses invités.

Décidément, mon plan tournait mal. Comment faire illusion ? J’avais envie de quitter la fête et de repartir chez moi.

Je faisais demi-tour lorsque 4 pâtissiers arrivèrent. Ils amenaient un plateau sur lequel il y avait un grand gâteau d’anniversaire. Ils demandèrent à des jeunes gens d'apporter ce plateau à la jeune fille qui m’avait attiré. Je fus embarqué sans rien pouvoir dire et j’arrivai devant elle.

Nous posâmes le gâteau et elle jeta son regard sur moi. Ses yeux me fixèrent longtemps, je détournais le regard. En relevant les yeux, elle me regardait toujours.

Elle découpa quelques parts du grand gâteau. Je restai comme tétanisé, encore marqué par son regard. Je ne savais pas quoi faire. En plus, elle était occupée à parler avec d’autres personnes.

Cinq longues minutes s’écoulèrent lorsqu’elle se tourna vers moi, très assurée, en me tendant une part de ce gâteau dont j’ai oublié le nom.

- Bonsoir, lui dis-je. Je m’appelle Omero

-Enchantée, me répondit-elle, moi c’est Tulije.

Après, je ne pourrai vous narrer dans tous les détails ce qui s’est passé au cours de cette soirée. Nous ne nous sommes plus quittés ce soir-là. Loin de la foule, loin de la musique !

Tout fut consommé et nous étions un couple.

La suite n’était pas non plus prévue. Beaucoup d’amour, plein de péripéties et l’imprévu qui vous tombent dessus, en bien ou en mal.

Trois jours plus tard, nous étions ensemble, heureux et fous à la fois, ivres de ce bonheur et de cette certitude. L’infinité et l’immensité avec nous.

Le quatrième jour me fit l’honneur de connaître une partie de sa famille. Son frère Blayt vint me voir. Mais c’était un messager de mauvais augure.

Nous le fîmes entrer sur le balcon.

- Tu n’as rien à faire avec ma sœur. Tu n’as rien à faire avec notre milieu. Et donc tu n’as rien à faire dans cette ville.

- Pourquoi me dis-tu cela, lui répondis-je, en essayant de voir ce qu’il voulait réellement ?

- Voici un billet d’avion pour Nouméa, dit Blayt, me coupant la parole. Il y a aussi un travail pour toi là-bas.

- Qu’irais-je faire aux antipodes, si Tulije ne vient pas avec moi ?

Je m’avançais vers lui en colère. Blayt, si assuré au début, prit peur, recula, glissa contre la rambarde et s'écrasa 7 étages plus bas.

- File et va te cacher me dit Tulije. Il ne faut surtout pas que l’on te voit par ici, car c’est ton appartement. Mon frère est mort, je suis folle de douleur, mais je vais arranger cela.

- Va te réfugier chez une religieuse que je connais : sœur Sanis. Je passerai la voir ce soir.

J’arrivais chez sœur Sanis qui m’accueillit très gentiment :

Deux heures après, les radios avaient annoncé cette mort. Elles diffusaient mon nom à propos de la mort de Blayt. J’étais accusé d’assassinat. Et toute la police me recherchait. J’étais perdu.

- J’en ai vu des cas de toute sorte. Attends un peu. Le temps arrange tout, me dit sœur Sanis.

Sanis me laissa seul. Elle alla retrouver Tulije qui pleurait et était désespérée.

- Je n’ai plus qu’une alternative, cria-t-elle. La mort ou l’exil.

Soeur Sanis sourit et lui jeta un regard bienveillant. Tulije ne comprit pas la réaction de sœur Sanis.

- Voilà ce que je te propose, dit Sanis. Tu vas disparaître mais pas totalement.

- Pas totalement ! Mais que veux-tu dire ? s’exclama Tulije

- Tu vas quitter le pays avec Omero pour un long moment, et vous faire oublier. Je vais annoncer que, par désespoir, tu t’es jetée dans la mer du haut de la falaise. Personne ne te retrouvera et on pensera que ton corps a été emporté au large.

- D’accord, accepta Tulije. Tu crois que ça va marcher ? Es-tu certaine que Omero sera d’accord ?

- J’en suis certaine, répliqua Sanis. J’ai bien vu dans ses yeux que vous vous aimiez . Le temps d’annoncer la (fausse) nouvelle pour donner le change et je cours lui indiquer notre plan.

 Les radios s'étaient emparées de ce fait divers qui réunissait tous les ingrédients d’une bonne histoire. Ils relayèrent la mort du frère de Tulije. Ils annoncèrent encore plus vite le suicide de Tulije du haut de la falaise.

Sanis était sur la route pour annoncer le stratagème à Omero. Mais celui-ci avait entendu la nouvelle à la radio.

Encore plus désespéré, sans avoir plus personne à aimer, il jugea qu’il n’avait plus rien à faire sur cette terre. Il saisit la corde qui attachait la balançoire du jardin et se pendit.

Sanis arriva peu de temps après. Il était trop tard, elle n’avait pas pu lui annoncer la vraie nouvelle. Le cœur de Omero avait cessé de battre et son corps était froid.

Tulije, impatiente, n’avait pu attendre toute seule et s’était décidée à rejoindre Omero qui était caché chez Sœur Sanis. Cette dernière n’eut pas le temps de lui cacher la triste nouvelle. Tulije aperçut Omero dans le fond du jardin.

Elle prit le sécateur et se trancha les veines.

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27 mai 2021

Paquet cadeau.

C’était en 2000, exactement au mois de mars. Je m’en souviens précisément car les bourgeons étaient là dans ce parc, sortis des arbres, laissant apparaître des nuances de blanc et de roses aux extrémités des arbres.

Mais je me souviens surtout de cette histoire très étrange, absurde qui m’était arrivée ce mois-ci.

Rencontrée lors d’une réunion chez un partenaire, elle m’avait proposé un rendez-vous. C’était un lieu très joli que je ne connaissais pas.

- Pour te reconnaître, j’aimerais savoir comment tu seras habillé, me demanda-t-elle

- Je ne sais pas, lui répondis-je. Mais sans doute d’un jean et d’un tee-shirt.

- C’est ce que tu portes dans la journée à ton travail, renchérit-elle ?

- Non, je te l’avais évoqué, ajoutais-je, je suis en costume foncé et chemise blanche.

- Tu dois être élégant, j’aimerais que tu viennes au rendez-vous avec cette tenue, me demanda-t-elle.

- Si tu y tiens, c’est d’accord, lui dis-je. C’était la première fois qu’on me demande cela

- J’ai une dernière demande à te faire ; poursuivit-elle. Je n’ai pas eu le temps de faire une course. Pourrais-tu me dépanner et aller m’acheter une boîte d’allumettes et quelques gobelets en plastique ?

- Ok Claude. C’est son prénom

Elle m’avait donné rendez-vous dans le parc de Bagatelle. Je sors du métro et je marche longuement, jusqu’à l’entrée du parc. J’arrive à l’endroit fixé.

Elle se tenait droite devant l’entrée : pantalon et veste noirs, chemisier blanc. Elle avait mis un serre-tête sur ses cheveux longs. Une large monture de lunettes laissait voir ses yeux.

- Avançons dans le parc, me dit-elle, Je connais un endroit tranquille. Tu verras, c’est superbe.

Arrivés près d’un grand arbre, nous nous nous assîmes sur un banc en bois rouge foncé.

Ce que j’avais remarqué en déambulant dans le parc, sans trop y faire attention, devenait comme une épidémie. On pouvait contempler des nains de jardin à profusion. Certains étaient éparpillés sur les pelouses, d’autres avaient été installés également près des fontaines.

- Tu as vu, lui dis-je ; c’est quoi tous ces nains de jardin dans ce parc ?

- Tu n’es pas au courant ? Il y a en ce moment une exposition internationale de nains de jardin.

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Malgré tout, bien que ces petits êtres soient faits de plâtre et d’argile, j’avais la sensation de ne pas être seul. Nous étions assis sur le banc. En face de moi, une quinzaine de nains de jardin étaient éparpillés sur la pelouse, tandis que (je venais de m’en apercevoir) 8 nains étaient accrochés dans l’arbre au-dessus de nous.

- Quelle élégance ! me dit-elle.

- J’ai fait comme tu m’as demandé, j’ai en plus cherché mon plus beau costume pour te plaire.

- Tu as pensé à amener les allumettes et les gobelets ?, me demanda-t-elle

- Mais oui, j’ai tout acheté.

- Parfait s’exclama-t-elle ! 

- Je peux te demander quelque chose ?

- Je t’en prie, tes désirs sont des ordres, dis-je d’un air amusé, tout en me demandant ce qu’elle voulait encore.

- Pourrais-tu te tourner quelques instants ? »

J’effectuai un quart de tour sur ma droite. En face de moi, deux splendides nains de jardin en bois sculpté vernis me faisaient face. Un avait l’air moqueur et l’autre ahuri.

Je n’entendais pas de bruit derrière, moi. Je me demandais ce qu’elle pouvait bien faire.

- Tout va bien lui demandais-je ?

- Oui, attends encore un peu !

- Ca y est. Tu peux te retourner !

J’entamais délicatement ma rotation sur la gauche, me demandant ce qu’elle avait préparé.

Entre elle et moi, au milieu du banc, elle avait posé deux gobelets. Juste à côté, un mini-gâteau de couleur rose pâle trônait au milieu du banc.

- Voilà me dit-elle. Tout est prêt à présent.

Elle sortit une petite bouteille de champagne de son sac.

- Ouvre-la s’il te plait !

- D'accord !

Et splock ! Le bouchon sauta (sans qu’aucun nain ne s’en émoustille). Je remplis aussitôt les 2 gobelets.

Elle fouilla dans sa poche et en sortit deux grosses bougies qu’elle planta sur le gâteau.

- La première bougie, c’est pour ma vie passée. La deuxième, c’est pour le futur !

Je pris la boîte d’allumettes qu'elle avait posée sur le banc et allumai les bougies.

Elle prit sa respiration et souffla. Et voilà pour les bougies !

- Tu es surprenante, Claude ! Jamais je n’avais encore vécu ça !

- Merci d’avoir accepté mon invitation, me dit-elle. Un joli parc, un bel homme dans un beau costume. C’est mon cadeau d’anniversaire !

C'est aussi là : 

 

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23 décembre 2019

Certains l’aiment froid – conte de Noël

Quand je vois l’hiver arriver, c’est toujours avec une envie et une émotion réunies.

J’ai toujours aimé les périodes de froid car je ressens davantage mon corps lorsque la température est basse.

Mais il est une autre raison plus personnelle qui fait que j’aurai toujours une préférence pour le grand Nord. Je vais vous l’expliquer.

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Nous sommes le 24 décembre de l’année dernière . J’avais voulu passer la fin de l’année le plus près possible du pôle Nord.

C’était le long des côtes norvégiennes. Je me trouvais sur un navire ancien. Le bateau était vieux et rouillé de presque partout. Les cabines étaient larges mais spartiates ; la température intérieure, tout juste suffisante, faisait prendre conscience de l’endroit où l’on se trouvait.

Nous étions à notre quatrième jour de navigation. On commençait à apercevoir et croiser des petits morceaux de glace et la mer étaient presque gelée.

Les gens étaient fort sympathiques et se retrouvaient dans la grande salle où l’on venait prendre des boissons chaudes et de l’alcool scandinave.

Dans cette salle remplie, j’avais remarqué dès le premier jour une jeune femme. Celle-ci était le plus souvent seule et regardait, sans lever les yeux un instant, une revue. Tous les jours, c’était le même protocole. Elle venait s’asseoir dans le fond de la salle. Elle portait une tenue identique. Elle dégageait une certaine classe. Je l’ai regardé longuement au fil des jours. Ce qui m’intriguait était qu’elle ne détournait pas son regard de cet album sauf pour commander son thé.

Ce soir-là, elle n’était pas habillée comme les autres jours. Elle était tout de bleue vêtue, avec une paire de bottes rouges. Pour changer des autres jours, elle n’avait pas emmené son album. Elle avait revêtu ses épaules d’une couverture gris clair ornée de fines rayures bleue et blanche.

Elle se leva pour quitter la salle. En passant devant moi, sa couverture tomba. Je me levai pour la ramasser et la remettre sur ses épaules.

- Merci, me dit-elle. Je vais en avoir vraiment besoin.

- En effet, lui répondis-je, il ne fait pas très chaud ce soir.

- Ce n’est pas cela, mais je tiens à la porter parce que je la portais aussi il y a plusieurs années.

- Sans vouloir indiscret, vous avez besoin d’aide ?

- Non, du tout. Suivez-moi si vous voulez, je vous en dirai davantage .

Elle quitta la salle pour se diriger vers le pont. Celui-ci était désert.

Un vent léger soufflait sur nos visages. Une fine neige venait se coller sur nos joues et nos lèvres. Le regard de la jeune femme pointait vers l’horizon

- Il faut que je vous raconte quelque chose, reprit-elle

- Allez-y, je vois que vous avez envie de vous confier ce soir.

- Et bien, c’est la quatorzième fois que je fais cette même croisière. Au même endroit et à la même période. La première fois fut superbe. Sur un coup de tête, nous avions décidé, mon mari et moi ,de passer Noël dans cet endroit. En effet, nos familles respectives étaient absentes pendant les fêtes.

Après trois heures d’avion et en rajoutant quelques heures de voiture, nous nous retrouvâmes à bord de ce navire. Au froid, se rajoutait l’obscurité qui arrivait vers 3 heures de l’après-midi. Nous savourions ce moment imprévu. C’est alors qu’en fin d’après-midi, alors que nous nous trouvions sur le pont, le bateau heurta un petit iceberg. Sous le choc, le navire s’arrêta brusquement, précipitant ainsi mon mari dans la mer glacé. Avec la nuit noire et la température extérieure qui avoisinait moins 25 degrés, il disparut aussitôt.

J’aperçus ses yeux qui brillaient.

- … Et depuis, je reviens chaque année dans l’espoir de retrouver son corps gelé. Cela fait 17 ans qu’il a disparu. J’y pense presque tous les jours. J’imagine que son corps est prisonnier d’un bloc de glace et qu’il est resté éternellement jeune.

Soudain, le vent s’est mis à souffler, augmentant ainsi la lourdeur de la neige sur nos visages.

- … Mais plus le temps passe, plus je deviens vieille, et moins il me reconnaîtra ajouta-t-elle.

C’est alors qu’un petit iceberg surgit de derrière le navire. Un homme beau et jeune apparut emprisonné par le bloc de glace. Il avait un sourire et semblait paisible.

- C’est lui, dit-elle. Je l’ai enfin retrouvé.

Et aussitôt, elle plongea le rejoindre dans l’eau glacée.

Je regardai ma montre, il venait juste d’être minuit.

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23 décembre 2017

Un conte de Noël

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Le propre d'un conte de Noël, c'est qu'on ne peut le raconter qu'à Noël. Mais en revanche, il peut revenir au fil des années.

Alors, une fois encore, je ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager.

Joyeux Noël à tous ! Profitez de vos familles !

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C’était l’année dernière; c’était le matin et c’était dans le métro.

Une de ces nouvelles stations aux allures de décor de bandes dessinées futuristes ; avec plein de tubes et de courbes; beaucoup de volumes pour donner la sensation de se trouver dans un espace énorme et d’y être bien.

Je descendais donc l’escalator à la station Chatelet, exactement la ligne 14 pour les initiés. Je m’apprêtais à m’asseoir sur un banc lorsque je l’aperçus, prostrée sur son siège.

Elle était engoncée dans son caban bleu marine duquel dépassait une paire de collants de laine rouge Bordeaux. Elle avait une mine défaite.

S’apercevant que je la regardais, elle me fixa et me dit : «Bonjour !». Je lui répondis «Bonjour !» en ajoutant «Vous avez l’air triste.».

- «Je n’ai pas l’air triste, je SUIS triste» me répondit-elle.

- «Qu’est ce qui se passe ?» lui demandai-je ?

- «Je suis seule et je n’arrive jamais à garder quelqu’un» me dit-elle.

- «Pourtant, vous êtes belle et intelligente», lui répliquai-je.

- «Alors aimez-moi» me dit-elle.

- «Je ne peux pas aimer la terre entière» lui dis-je, «même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque».

- «Alors trouvez-moi quelqu’un, puisque je suis belle et intelligente» me lança-t-elle.

- «Si nous ne sommes pas loin de Noël, je ne m’appelle pas le père Noël» lui dis-je.

Il y avait par hasard (?) un type assis juste aussi à côté de nous qui écoutait la conversation et souriait.

J’en profitais aussitôt pour l’aborder et lui demander de confirmer qu’elle était belle et intelligente. Ce qu’il fit volontiers avec un sourire plus large encore.

Elle éclata de rire.

Je dis tout de go à cette fille : «Ca y est, j’ai trouvé votre homme».

Je demandai au type de s’asseoir à côté d’elle ; il s’exécuta. Mon métro arrivait.

Je leur dis «Coucou les tourtereaux !», amusé.

Le Père Noël avait distribué son premier cadeau … avec un peu d’avance.

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01 novembre 2016

Crevettes

Ses longs cheveux blonds et ses yeux émus mettaient en valeur son visage.

Et la lingerie qu'elle portait lui donnait un air maritime :

- J'adore la lingerie que tu portes. La couleur crevette est parfaite avec la couleur de ta peau.

- As-tu bien regardé ? me répondit-elle. Il n'y a pas de rose.

- Je sais, lui rétorquai-je. As-tu oublié qu'il existe aussi des crevettes rouges et des crevettes grises ?

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14 juin 2016

Lectrice (1)

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Vous ne m’avez pas cru, et maintenant vous l’aurez. Par cru, j’entends le sens « crudité » et non pas « croire ». N’allez pas imaginer que c’est mon virage bio.

Il s’agit tout simplement d’autres histoires que j’avais conservées sans vouloir les publier.

Une façon de classer les histoires par catégories, comme Simenon classait certains romans en « dur » : ceux avec une intensité dramatique forte.

Je suis avant tout quelqu’un de cérébral, parce que j’aime imaginer et aussi parce que, sans âme, je ne ressens rien quelque soit l’endroit. J’attends alors que le vent tourne, que les choses deviennent plus intéressantes.

J’avais envie d’une liseuse inconnue; qu’elle vienne me lire des textes de son choix. Seule condition : que cela soit bien écrit et que cela soit entouré d’esthétisme. Je me mis en quête d’une jeune femme ; je cherchai plusieurs semaines et je trouvai enfin celle qui semblait correspondre à mes attentes. En ayant discuté avec elle au téléphone, j’ai accroché à sa voix et j’ai senti qu’elle était dans le même trip que moi. Etudiante en master de lettres classiques à la Sorbonne, se destinant à l’enseignement supérieur. Tout concordait apparemment.

Je lui fixai rendez-vous au milieu de la semaine en début d’après-midi à la sortie d’une station de métro. A chaque groupe qui sortait du métro, je dévisageai celles qui semblaient lui correspondre et finalement, c’est elle qui me reconnut. Nous fîmes route côte à côte pendant 5 minutes environ (ainsi nous ne nous sommes pas vraiment dévisagés). Elle eut un moment d’hésitation avant de s’engouffrer dans mon immeuble. Finalement, elle me suivit à cause du sourire que je lui avais adressé quand elle m’aborda à la sortie du métro ; cela l’avait mise en confiance.

Quelques étages plus hauts, nous pénétrions dans mon appartement. Je pus alors la dévisager et contempler sa silhouette à loisir. Brune aux yeux noirs, petit visage souriant et fin. Corps menu et taille moyenne. Elle portait une robe noire garnie de très petits pois blancs. Je lui suggérai de s’asseoir tandis qu’elle faisait le tour de la pièce avec ses yeux. Elle ne me fit pas de remarque sur le décor mais elle avait dû rapidement intégrer le décor dans sa tête.

Je lui avouai qu’elle était la première jeune femme à qui je demandais une telle chose ; je lui expliquai à nouveau que je lui laissais carte blanche sur les textes. Elle avait amené quelques livres érotiques. Je me souviens de cette histoire d’une jeune femme emmenée à plusieurs reprises par une de ses amies chez un inconnu, les yeux bandés sans qu’il la touche. Je me souviens également de celle ou une femme rencontrait son maître avec le seul désir d’être fouettée. Je me rappelle aussi de ces poèmes d’Apollinaire aux mots enchanteurs et sensuels.

Ce n’était pas la première fois qu’elle « lisait ». Elle m’a raconté ses « fois précédentes », toutes différentes. Les avaient-elles inventées ? En tout cas, elles étaient féériques et poétiques. Je me souviens surtout de cet homme qui avaient voulu qu’elle lui lise la pièce Bérénice et qui avait pleuré lorsqu’elle fut arrivée à la dernière ligne de la pièce.

Je perçus à travers ce qu’elle disait qu’elle éprouvait un plaisir à jouer la lectrice ; elle aussi, le faisait pour assouvir son propre fantasme autant que pour voir la réaction de ceux chez qui elle se déplaçait. Elle me confia que dans la vie, elle aimait être regardée par les hommes, elle aimait voir que, selon la tenue qu’elle avait choisi de porter, les hommes réagissaient toujours de la façon qu’elle avait prévue. Elle me fit tout un récit sur les incidences de la forme et de la profondeur du décolleté : elle me cita les regards à la dérobée, pour balancer les yeux vers la naissance de sa poitrine.

Je me résolus à être sage cette première fois, parce que je suis de nature sage et aussi parce que j’aime observer avant de proposer et de faire. C’est d’ailleurs elle qui me dit qu’un peu d’alcool l’aurait aidée. Je pensais et lui proposai des alcools forts.

- Du vin blanc, cela serait parfait me dit-elle.

- Très bien, j’y penserai la prochaine fois, car je veux une prochaine fois lui dis-je. Cela sera la semaine prochaine, même jour, même heure.

- Parfait me dit-elle.

Et nous nous quittâmes ainsi. J’avais envie d’être 8 jours plus vieux.

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19 avril 2016

Où ça ?

Quelqu'un a déjà été à Bouliac ?

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05 mars 2016

Etrange ressenti.

Depuis bientôt près de 2 ou 3 semaines, cette personne parcours quotidiennement quelques billets de mon blog, à toute heure du jour et de la nuit. Tous différents à chaque fois.

C'est étrange et mystérieux à la fois de voir ses écrits consultés comme un feuilleton avec des épisodes.

Je suis intrigué et en même temps fasciné par le fait d'être lu, d'autant plus que je n'ai aucun commentaire.

Je crois que c'est cette deuxième facette qui me pousse à écrire. J'écris pour moi, pour la magie de l'histoire dans l'enrobage des mots. Mais aussi pour faire passer ma sensibilité artistique à travers les histoires que je raconte aux inconnus qui vont me lire.

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23 décembre 2015

Belle et intelligente (un conte de Noël)

Parce que chaque année, Noël a toujours son côté magique qui transforme les gens, les choses et nous les fait voir sous un aspect poétique, je n'ai pas résisté au plaisir de publier à nouveau ce conte.

Et puis aussi et surtout, parce qu'un conte se relit au fil des ans, sans qu'on s'en lasse.

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C’était l’année dernière; c’était le matin et c’était dans le métro.

Une de ces nouvelles stations aux allures de décor de bandes dessinées futuristes ; avec plein de tubes et de courbes; beaucoup de volumes pour donner la sensation de se trouver dans un espace énorme d’y être bien.

Je descendais donc l’escalator à la station Chatelet, exactement la ligne 14 pour les initiés. Je m’apprêtais à m’asseoir sur un banc lorsque je l’aperçus, prostrée sur son siège. Elle était engoncée dans son caban bleu marine duquel dépassaient une paire de collants de laines rouge bordeaux. Elle avait une mine défaite. S’apercevant que je la regardais, elle me fixa et me dit : « Bonjour !». Je lui répondis « Bonjour !» en ajoutant « Vous avez l’air triste ».

 

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« Je n’ai pas l’air triste, je suis TRISTE » me répondit-elle.

« Qu’est ce qu'il se passe ? » lui demandai-je ?

« Je suis seule et je n’arrive jamais à garder quelqu’un » me dit-elle.

« Pourtant, vous êtes belle et intelligente », lui répliquai-je.

« Alors aimez-moi » me dit-elle.

« Je ne peux pas aimer la terre entière » lui dis-je, « même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque ».

« Alors trouvez-moi quelqu’un puisque je suis belle et intelligente » me lança-t-elle.

« Nous ne sommes pas loin de Noël mais je ne m’appelle pas le père Noël » lui dis-je.

Il se trouva qu’un type assis juste aussi à côté de nous écoutait la conversation et souriait.

J’en profitais aussitôt pour l’aborder et lui demander de confirmer qu’elle était belle et intelligente. Ce qu’il fit volontiers avec un sourire plus large encore.

Elle éclata de rire.

Je dis tout de go à cette fille : « Ca y est, j’ai trouvé votre homme ».

Je demandai au type de s’asseoir à côté d’elle ; il s’exécuta. Mon métro arrivait ; je leur dis «Coucou les tourtereaux», amusé.

Le père Noël avait distribué son premier cadeau … avec un peu d’avance.

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21 décembre 2015

Boucle

Elle en avait souvent parlé. Elle disait qu’elle n’avait jamais encore découvert ce continent et qu’elle voudrait en connaître l’ambiance.

Elle avait laissé passer l’été et était partie début novembre. Nous l’avions conduit à l’aéroport Charles de Gaulle pour un vol de nuit.

Dès qu’elle fut arrivée, elle nous raconta l’ambiance. Elle avait tout de suite aimé.

« Bangkok était encore plus magique que ce que j’avais pu imaginer », nous dit-elle. Elle avait prévu d’y rester au moins un mois. Elle n’avait pas acheté de billet de retour à date fixe. Après, elle verrait bien.

La dernière fois qu’elle m’appela, elle se trouvait dans le nord du pays, près du Cambodge et du Laos ; l’endroit qu’on appelle je crois le triangle d’or.

Les 4 semaines touchèrent à leur fin, puis les autres semaines s’écoulèrent sans qu’elle donne signe de vie. La vie devait être douce et le temps s’écouler lentement, très lentement.

Un soir, je reçus un appel téléphonique. On avait trouvé son téléphone avec mes coordonnées dedans.

« Hi Mister » me dit-il en anglais. Je lui répondis et entamai le dialogue chacun avec son accent local respectif.

« Oui, je connais bien cette personne, oui c’est ma sœur »

« Voilà », me confia-t-il, « on a retrouvé le téléphone de votre sœur dans un sac », Il y avait aussi une paire de lunettes, un stylo et un bloc-notes de papier »

« Nous avons trouvé également une facture d’un magasin de Chiang Mai pour une montre Rolex».

J’attendais la litanie descriptive du contenu de son sac, me demandant où il voulait en venir. Je pensais qu’il m’appelait pour une affaire de trafic et lui posai la question.

« Non, monsieur ; il ne s’agit pas de cela »

« Voilà : on a retrouvé le corps d’une femme européenne il y a 2 jours près d’une rivière. Elle portait une montre et celle-ci avait le même n° de série que la facture qui se trouvait dans le sac. »

Un rictus sortit de mes lèvres ; mon cerveau fonctionna à la vitesse de la lumière. J’ai tout de suite réalisé.

Elle venait d’avoir 50 ans et je me dis qu’elle n’avait pas raté sa vie

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06 janvier 2015

Transport amoureux.

Prenant très souvent une ligne de train qui dessert les aéroports parisiens, j’ai le temps de me livrer, lorsque je ne lis pas, à l’observation favorite du passager désœuvré : mater les autres personnes qui se trouvent dans le même wagon que soi.

Je regarde particulièrement ceux qui ont des bagages. J’ai fait le constat systématique que les gens qui partent n’ont pas la même attitude, n’ont pas la même façon de s’habiller, de se mouvoir, de parler. Je pense particulièrement à toutes ces femmes qui sont en route et  qui vont s’envoler dans quelques heures.

Elles portent déjà en elles cette légèreté dans le regard, cette désinvolture dans la façon de séduire : beaucoup de couleurs dans les tissus, des chemisiers ouverts négligemment, des jupe courtes et attirantes. Un regard qui reflète l’envie, la conquête et la sensualité, le goût de mordre dans la vie.

Je les regarde et j’ai très souvent de partir avec elles lorsque j’accroche un regard. J'ai envie de les aborder, leur demander vers quels endroits elles partent, que vont-elles y faire. Mais j’ai peur de passer pour un affreux dragueur.

Ah, Cette magie de quelque chose d’à peine naissant, de bref et éphémère, qui vous fait imaginer des histoires !

T’es belle quand tu pars !

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01 avril 2014

J'ai mes règles.

Quand quelqu'un me narre ses infortunes amoureuses, cela me rappelle une réflexion que je me suis faite un moment et à laquelle je pense systématiquement dans ce genre de circonstances.

Est-ce que je me vois présenter cette personne à mes amis et à ma famille ?

Qu'est-ce qui m'a attiré la première fois où je l'ai vue ?

A partir de ce constat, tout est simple.

Mais comme je pense également que l'amour obéit à tout sauf à la logique, tout ce que j'ai écrit depuis le début de ce billet s'annule.

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20 février 2014

Entre deux eaux.

Lorsque j’allais à la piscine, je la croisais fréquemment. Ma première vision fut celle de son visage qui dépassait de l’eau. Un visage à la peau claire, des yeux brillants marron, clair également. De ses cheveux, seules quelques mèches dépassaient de son bonnet blanc et bleu.

Comme nous nous croisions  au milieu de la piscine, il fallait attendre 50 mètres pour que je puisse la regarder à la dérobée; ce qu’elle ne manquait pas de faire de son côté.

A chaque fois, j’attendais qu’elle sorte de la piscine pour contempler sa silhouette qui ne me rendait pas insensible.

Le manège se reproduit plusieurs fois avant que je ne me décide à l’aborder lorsqu’elle faisait une pause à un des bouts de la piscine. De brèves discussions qui me laissaient sur ma faim et qui de ce fait pimentaient davantage l’envie de la connaître plus.

A chaque fois, c’était des bouts de conversations de 30 secondes à une minute maximum. Je n’arrivais pas trop à la cerner. A chaque fois, j’avais la sensation de la découvrir pour la première fois.

Un mois après cette première rencontre, je me lançais et l’invitais à s’attendre à la sortie de la piscine. Elle refusa en prétextant qu’elle avait un autre rendez-vous juste après et qu’elle était, en plus, déjà très en retard.

- Une prochaine fois alors ?

- Pourquoi pas ?, me répondit-elle

Deux semaines se passèrent sans que je l’aperçoive ; c'était elle à nouveau. Grands sourires ; réponse réciproque.

- Etes-vous toujours très occupée comme la fois précédente ?

Elle me répondit avec ses yeux, l’air interrogatif et surprise.

- Non, pas plus occupée que les autres fois, me répondit-elle. Pourquoi ? ajoute-t-elle

- Parce que mon invitation tient toujours, lui dis-je.

- Ha ! Vous ne m’avez jamais invitée. Vous devez faire erreur

Je pris sa dernière phrase pour un message de ne pas réitérer mon invitation.

Le manège aquatique se prolongea ainsi comme les premières fois, au rythme des longueurs de bassin.

Une saison passa lorsqu'un événement inattendu se produisit. Je la croisai au milieu du bassin et à peine arrivé au bout du couloir, je la croisai à nouveau.

Pas possible qu’elle m’ait presque rejoint en une seule longueur ! J’ai dû rêver.

Je reprends ma nage et je la croise à nouveau au milieu du bassin. Cette fois, je me prends à me demander si je ne suis pas fou, si mon obsession me fait croire que je la vois alors qu’elle n’est pas là. Et de nouveau, une longueur de plus, et je la revois à nouveau juste derrière moi.

J’en ai le souffle coupé. Je m’arrête cette fois au bout de la ligne et elle me dépasse donc en faisant une longueur dans le sens inverse. Je la regarde filer et voilà qu’une autre fille arrive, identique.

Je réalise soudain que j’avais affaire à 2 soeurs jumelles.

Je me suis alors rendu compte que j’avais parlé avec chacune d’entre elles successivement en croyant que je parlais à la même personne.

J’ai compris à présent pourquoi elle m’avait dit que je ne l’avais jamais invitée.

Et du coup, je ne savais plus qui j’avais invitée ; et je ne savais plus quoi leur dire à chacune d’entre elles. Jouaient-elles de leur ressemblance vis-à-vis de moi ? En avaient-elles parlé ensemble ?

Je vais leur poser la question la prochaine fois.

Un conseil : faites attention quand vous draguez 2 sœurs jumelles !

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24 décembre 2013

 

Conte-de-Noel-Guerlain_Champs-Elysees-Paris-2

 

C’était l’année dernière; c’était le matin et c’était dans le métro.

Une de ces nouvelles stations aux allures de décor de bandes dessinées futuristes ; avec plein de tubes et de courbes; beaucoup de volumes pour donner la sensation de se trouver dans un espace énorme et d’y être bien.

Je descendais donc l’escalator à la station Chatelet, exactement la ligne 14 pour les initiés. Je m’apprêtais à m’asseoir sur un banc lorsque je l’aperçus, prostrée sur son siège. Elle était engoncée dans son caban bleu marine duquel dépassaient une paire de collants de laine rouge Bordeaux. Elle avait une mine défaite. S’apercevant que je la regardais, elle me fixa et me dit : « Bonjour !». Je lui répondis « Bonjour !» en ajoutant « Vous avez l’air triste. ».

« Je n’ai pas l’air triste, je SUIS triste » me répondit-elle.

« Qu’est ce qui se passe ? » lui demandai-je ?

« Je suis seule et je n’arrive jamais à garder quelqu’un » me dit-elle.

« Pourtant, vous êtes belle et intelligente », lui répliquai-je.

« Alors aimez-moi » me dit-elle.

« Je ne peux pas aimer la terre entière » lui dis-je, « même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque ».

« Alors trouvez-moi quelqu’un, puisque je suis belle et intelligente » me lança-t-elle.

« Nous ne sommes pas loin de Noël, mais je ne m’appelle pas le père Noël » lui dis-je.

Il y avait par hasard (?) un type assis juste aussi à côté de nous qui écoutait la conversation et souriait.

J’en profitais aussitôt pour l’aborder et lui demander de confirmer qu’elle était belle et intelligente. Ce qu’il fit volontiers avec un sourire plus large encore.

Elle éclata de rire.

Je dis tout de go à cette fille : « Ca y est, j’ai trouvé votre homme ».

Je demandai au type de s’asseoir à côté d’elle ; il s’exécuta. Mon métro arrivait ; je leur dis « Coucou les tourtereaux ! », amusé.

Le père Noël avait distribué son premier cadeau … avec un peu d’avance.

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12 août 2013

La Rancœur (ou "De l’incompréhension entre la beauté et la laideur")

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L’action se déroule dans une ville du sud de l’Europe, au bord d’une plage et sous les pins. Il fait chaud. Les personnages sont très légèrement vêtus.

Acte unique, scène 1

(la Belle déambule devant un Garçon qui la regarde, la Moche assiste à la scène)

Le Garçon : La Belle, je te regarde et je voudrais que le temps s’arrête pour te contempler à l’infini. Ta silhouette est très excitante.

La Belle : Tu peux rêver. Mais je ne vais pas mettre un col roulé et mourir de chaud, à cause d’un obsédé comme toi.

La Moche (à la Belle) : De quoi te plains-tu ? Je te donne ma place si tu veux. Si tu en as marre d’être belle, tu n’as qu’à t’enlaidir. Et on te laissera tranquille.

Acte unique, scène 2

Le Garçon (à la Moche) : Belle ou moche, vous me convenez toutes.  Et toi aussi, tu m’attires.

La Moche : Finalement, je préfère être comme je suis. Au moins on me fiche la paix.

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19 juillet 2013

Sous-sols

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Quand il fait chaud comme en ce moment, ce que je déteste le plus ce sont les sous-sols du métro. Certes, c’est la période où l’on y côtoie de ravissantes personnes vêtues du strict minimum (minimum qui fond comme une peau de chagrin au fil des années).

 Pour lutter contre cette dureté, il y a celles qui boivent  (mais ne pas se fier aux apparences) :

Il y aussi celles qui collent

Et puis il y a celles qui vous prennent au mot.

Heureusement qu’elles sont là.

Allez, j’y retourne !

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02 juillet 2013

Correspondance

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J’avais connu son blog tout simplement en consultant les nouveautés de Canalblog. J’avais tout de suite accroché. Et comme à l’accoutumé, lorsqu’un texte me plait, j’y laisse un commentaire, à chaud. Hier soir, coïncidence je regarde une émission sur le cinéaste Luis Buñuel. Sur les lieux de tournage, il laissait 3 secondes aux acteurs pour donner leur avis. Après, c’était trop tard. Il agissait en ce sens pour que ce soit la sensibilité qui parle et non la raison.

Parfois, je regrette ce que j’ai commenté mais jamais pour son contenu, car je préfère commenter ainsi, selon mon humeur. Je regrette parfois la forme, une tournure de style, un mot employé.

Elle avait été voir mon blog ; elle avait aussi accroché puisqu’elle avait lu mon blog par petits morceaux, par petites bouchées.

Elle me répond : « Bonjour, j’ai également été lire ton blog. J’adore, et je m’y retrouve. »

Plusieurs mails s’ensuivent car les commentaires sont trop étroits pour les sujets que nous avons à échanger.

La fréquence augmente également ; nous en sommes très vite à plusieurs mails par jour.

Les sujets abordés débordent le simple blog. Nous nous trouvons des points communs.

Des intuitions se dégagent.

Le hasard fera même qu’un jour, nous publierons un billet sur le même thème.

Nous nous suivons par écrit dans le quotidien : temps, lieu.

Je ne dispose visuellement que d’une photo d’elle. Il s’agit d’un autoportrait pris de loin dans un endroit qui est une chambre. Cette photo me fait penser au verso de la pochette d’un album de Leonard Cohen qui s’appelle « Songs from a room ». On y voit une fille, vêtue d’un drap enroulant son buste ; elle est, je crois, en train de taper sur une machine à écrire. La composition est différente mais l’atmosphère qui s’en dégage est la même à mes yeux.

De cette image, nait une sensation intime, poétique, calme et faite de textes forts, poétiques doux et chaleureux.

Peu à peu les échanges semblent plus faciles. Chacun s’ouvre avec envie et plaisir.

J’ai la sensation d’avoir du temps, de ne pas compter, de ne pas être dans l’urgence. L’envie de vouloir goûter à tous ces moments tranquillement, avec d’infinis détails et de passer à autre chose uniquement lorsque l’envie ou l’occasion s’en feront sentir.

Le plaisir est double dans l’instant et aussi dans celui de savoir qu’on dispose de temps et qu’il n’y a pas d’enjeu.

Ce n’est pas de la séduction mais une complicité, une harmonie franche, gaie et saine.

Je goûte au temps qui devient beau. Dès lors, tout est plus facile. L’air chaud qui m'environne, me décontracte. La clarté emplit mes yeux et positive.

Ce n’est jamais évident de bien connaître quelqu’un à travers son écriture. On brosse le personnage à son image. Et on se l’imagine certainement un peu comme on voudrait qu’il soit. La vraie personne doit être un mixte des deux.

Cependant, avec elle, je pense que c’est une belle façon de l’appréhender, d’éviter les faux semblants en se donnant inconsciemment le beau rôle et ainsi de ne pas se mettre des barrières ou des pudeurs ; ce qui est la tendance naturelle lorsqu’on parle avec quelqu’un. Ici, l’écriture donne un parler vrai qui me ravit.

Notre relation a désormais également empli nos rêves ; des impressions, des sensations, des allégories. C’est difficile de tout interpréter.

J’aime cette musique qui laisse la place à l’imaginaire. Je voudrais que cela demeure ainsi, même si un jour j’ai l’occasion de lui parler ou de la rencontrer.

J’aimé écrire, elle aussi. C’est une des formes d’expression communes.

A cet instant, j’ai une impression d’infini et de liberté.

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28 juin 2013

Choc

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Il y a des gens qui ont des passions : le sport, la musique, etc. Ca n’a jamais été mon cas. Je ne me suis jamais empêché cela, mais je crois que :

- d’une, je me lasserai vite de faire la même chose,

- et de deux, je n’aime pas dépendre de qui ou quoique ce soit.

Mon indépendance et ma créativité en souffrirait.

Ainsi, je n'ai jamais fumé, jamais été non plus un buveur d’alcool. Par contre, je reconnais avoir une faiblesse pour le chocolat. Je sais que je pourrais me faire corrompre avec du chocolat (lait ou noir). C’est mon point faible, mon talon d’Achille.

Et lorsque je ne sais pas quoi offrir, je sais que, si je viens avec du chocolat, je ne ferai pas chou blanc.

Pourquoi touche-t-on à chaque fois dans le mille avec le chocolat ? Ce n’est pas le sucre qu’on mélange avec le cacao, ce n’est pas la graisse de cacao qui fond dans la bouche. C’est cette nuance indéfinissable qui reste sur la langue, qui irrigue le palais et qui instille une douce couche sur la paroi de l’estomac.

Je peux classer facilement les amoureuses de chocolat. Il y a les partisanes du « noir ». Elle sont généralement plus intello, plus artistes, plus cérébrales. Celles qui vont se jeter sur celui au « lait », sont plus légères, plus futiles, plus extraverties.

Si cela ne correspond pas exactement à la réalité, j’ai retrouvé ces tendances parmi toutes celles que j’ai pu côtoyer.

Mais c’est encore plus subtil que ça, sinon on serait dans la caricature. J’ai comme la sensation que les aficionados du « noir » fument davantage que celles du « lait ».  Que celles du « noir » sont plus dominatrices que celle du « lait ». Que celles du « lait » aiment beaucoup manger des bonbons.

Mon cœur balance entre les deux chocolats. J’ai été beaucoup « lait », j’ai tendance à présent à être surtout « noir ». Si ma théorie est exacte, il faudra que je vérifie si les femmes que je côtoie actuellement correspondant aux caractéristiques que j’ai évoquées plus haut entre les « noir » et les « lait »...

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23 juin 2013

A guichet fermé

Presse-papiers-1

Je ne prends pas souvent la route avec ma voiture. Par contre, quand c’est le cas, je n’aime pas passer beaucoup de temps dans ma voiture. Lorsque je le peux, je privilégie l’autoroute.

Puisque j’emploie le mot « perturbé », il y a malgré tout quelque chose qui me chagrine et me désole tout au long du parcours. C’est le côté automatique des péages. Déjà que j’avais horreur de mettre ma carte dans une fente pour voir la barrière se lever, j’exècre encore plus le fait de passer le péage sans avoir même à ralentir puisque mon badge télépéage me permettra de le faire.

Lorsqu’on roule des dizaines de kilomètres, j’apprécie de savoir que je peux m’arrêter à un péage manuel, où je pourrais payer avec des billets, présenter ma carte de crédit, discuter quelques secondes avec la personne du guichet.

Si je n’ai pas l’habitude de faire des chroniques autoroutières ou encore moins de la sociologie de la population française, vous allez vous demander où je veux en venir. Ne craignez rien, je ne sortirai pas encore aujourd’hui de mon sujet de prédilection, de ma matière d’observation.

Hé bien oui. Qu’est ce qui peut me motiver à faire encore 20-30-50 kilomètres avant de m’arrêter si ce n’est la surprise que va me réserver la personne qui sera au péage. Etant entendu qu’il s’agit le plus souvent de la gente féminine, c’est la principale motivation qui me fait emprunter la file des péages manuels. Sera-t-elle brune ou blonde ? Maigre, sportive ? Avenante, taciturne ?

Lorsque je vais en Normandie, je suis chanceux. J’ai droit à 4 péages successifs. Le plus souvent, je ne suis pas déçu. Si j’ai droit au réglementaire « bonjour, merci, au revoir » ; je m’arrange pour pimenter la conversation en payant avec de la monnaie. Outre le contact de la main à la main, je peux appuyer le regard, échanger quelques paroles. Je me prends à imaginer la vie de cette guichetière lorsque j’ai passé la barrière : qui est-elle ? Que vit-elle ?

Voilà un bel exemple de déshumanisation. Et je me prends à m’imaginer prendre la tête du mouvement contre l’automatisation des péages.

Messieurs qui me lisez, faites la grève des péages automatiques, placez-vous avec moi dans la file des péages manuels. Et je suis certain que nous obtiendrons rapidement gain de cause

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